Un projet pilote français pourrait jeter un éclairage nouveau sur l'accès au cannabis médical – EURACTIV.fr

Un projet pilote français pourrait jeter un éclairage nouveau sur l'accès au cannabis médical – EURACTIV.fr

20 novembre 2020 0 Par Village FSE

Une expérimentation historique récemment autorisée en France peut favoriser l'accès des patients au cannabis médicinal dans le pays et devenir un modèle pour l'Europe.

Le mois dernier, le gouvernement français a signé un décret qui lancera un projet pilote de deux ans sur le cannabis médical qui ciblera 3000 patients souffrant de maladies graves, telles que la douleur chronique et l'épilepsie.

Bien qu'initialement prévu en 2020, le lancement du programme a été reporté au début de 2021 en raison de retards causés par la prise en charge par le ministère français de la Santé de la pandémie COVID-19.

L'expérimentation est limitée uniquement à certaines thérapies traitant de la douleur neuropathique réfractaire, de certaines formes d'épilepsie sévères et résistantes aux médicaments, des situations palliatives et de la spasticité douloureuse de la sclérose en plaques ou d'autres pathologies du système nerveux central.

Les thérapies accessibles comprennent également les soins de soutien en oncologie pour le traitement du cancer ou de la douleur cancéreuse. Les patients inclus dans le programme auront accès à ces produits sous forme de fleurs et d'huiles de cannabis séchées et entièrement gratuitement.

Il s'agit du deuxième programme pilote pour la marijuana médicale en Europe mis en place après un programme de 4 ans lancé au Danemark en 2018 et toujours en cours

En vertu des règles d'expérimentation du Danemark, les médecins étaient autorisés à prescrire des médicaments à base de cannabis, garantissant un point d'entrée sûr pour les entreprises souhaitant pénétrer le marché européen du cannabis médical.

Plus des deux tiers des prescriptions de cannabis médical au Danemark concernaient des conditions liées à la douleur, tandis que 18% des prescriptions étaient prescrites à des patients pour traiter l'épilepsie.

Au total, 4 300 patients se sont vu prescrire du cannabis médical depuis le début du programme.

Un modèle

Le projet pilote français sera suivi à chaque étape pour permettre des études et analyses complémentaires et un registre de suivi électronique national informé par les médecins et pharmaciens participant à l'expérimentation sera mis en place.

Cela préparera inévitablement le terrain pour vérifier la faisabilité de la légalisation de l'accès des patients aux prescriptions de cannabis médicinal à un stade ultérieur.

Si la légalisation complète du cannabis à des fins médicales semble encore loin en France, le programme pourrait également renforcer la réputation de la marijuana à des fins médicales, encore perçue comme uniquement récréative.

Les patients auront besoin d'une prescription de médecins ou d'autres professionnels de la santé, tandis que tous les produits nécessitent l'approbation de l'Agence nationale de sécurité médicale (ANSM) et doivent se conformer aux normes pharmaceutiques et aux bonnes pratiques de fabrication (BPF).

La mise en œuvre du projet a également été précédée d'une mission d'enquête parlementaire sur les usages du cannabis à des fins médicinales, de bien-être et récréatives.

Dans un rapport intérimaire sur la légalisation de l'usage thérapeutique du cannabis, la mission parlementaire a estimé que 700 000 patients en France pourraient devenir éligibles à ce traitement.

L'Agence française de la médecine a mis en place une Commission scientifique temporaire spécialisée (CSST) sur le cannabis médicinal pour concevoir l'expérience.

Les problèmes persistent

Le décret d'application est intervenu après plusieurs retards, provoquant la colère des associations de patients et des parties prenantes.

Dans un éditorial publié dans le quotidien français Le Parisien en septembre, 51 des principaux partisans de l'expérience ont exhorté le gouvernement à prendre des mesures énergiques et immédiates et à accélérer le décret.

Les membres du comité scientifique consultatif de l'ANSM ont également menacé de démissionner, craignant un nouveau retard dans la mise en œuvre de la mesure.

Bien que le décret ait été publié le 7 octobre, des inquiétudes persistent et certaines questions en suspens doivent encore être réglées.

Comme il est actuellement illégal de cultiver la fleur de la plante de chanvre et donc du cannabis médicinal en France, le projet devra s'appuyer sur des produits importés.

Les fournisseurs qui réussiraient à entrer dans le programme pourraient bénéficier de l'avantage de premier arrivé sur le marché émergent et potentiellement énorme du cannabis médical en Franche si les autorités nationales décidaient de légaliser l'utilisation.

La date limite pour les parties intéressées est la semaine prochaine (24 novembre) et les fournisseurs sélectionnés seront évalués par un système de points.

Cependant, cette dépendance excessive à l'exportation pourrait nuire au développement d'une filière française authentique, se sont plaints certains acteurs.

Un autre écueil pourrait venir de l’absence de budget adéquat pour le programme, qui nécessiterait 15 à 20 millions d’euros selon le professeur Nicolas Authier, qui préside le comité scientifique consultatif de l’ANSM sur le cannabis médical.

Les parties prenantes du cannabis médical font pression pour qu'un budget ad hoc soit décidé lors de la discussion et du vote en cours de la loi de finances annuelle française.

(Edité par Zoran Radosavljevic)