Quel espoir pour cette conférence des donateurs syriens?

Quel espoir pour cette conférence des donateurs syriens?

29 juin 2020 0 Par Village FSE

Décevant et frustrant: ces deux mots décrivent le mieux la manière dont Bruxelles a géré le conflit en Syrie jusqu'à présent.

La guerre a eu un impact sur la population civile difficile à mettre en mots. Des centaines de milliers de personnes ont été tuées, des millions ont perdu leur maison.

  • Hannah Neumann, MdPE (à droite): 'Il va sans dire que Bachar al-Assad doit être traduit devant la Cour pénale internationale' (Photo: Hannah Neumann)

La Syrie est située dans le voisinage proche de l'UE. Laranca, Chypre, est à seulement 200 km du port syrien de Lattaquié.

Pourtant, l'UE est devenue un spectateur dans ce conflit, car jusqu'à présent, les puissances militairement engagées – en particulier la Russie, l'Iran et la Turquie – déterminent le cours des événements.

Cependant, les règles du jeu sont en train de changer.

Le besoin d'aide extérieure en Syrie est énorme.

De toute évidence, la Russie et l'Iran n'ont ni les ressources ni l'intention de financer la reconstruction du pays de manière substantielle.

La monnaie syrienne a plongé, la crise économique au Liban affecte également la Syrie et les sanctions américaines aggraveront encore la situation.

Cela laisse à l'UE la possibilité de renforcer son rôle et de façonner le cours des événements.

Mardi (30 juin), la quatrième conférence des donateurs à Bruxelles en Syrie est une nouvelle occasion pour l'UE de remodeler sa stratégie.

Il y a un besoin urgent en Syrie d'un acteur mondial qui non seulement fournira une aide humanitaire, mais paiera également les mesures de reconstruction nécessaires.

L'UE est déjà le plus grand donateur d'aide humanitaire.

Depuis 2011, l'UE et ses États membres ont mobilisé 2 milliards d'euros pour aider les Syriens dans la région. Mais le financement de l'UE pour l'aide humanitaire est largement accordé sans aucune condition.

Qui paie piper, appelle tune

Cela doit changer en ce qui concerne la reconstruction afin d'éviter que l'argent ne soit utilisé à mauvais escient pour stabiliser le régime d'Assad. Pour le dire franchement: si l'UE paie déjà, elle devrait utiliser son argent de manière plus stratégique.

Cependant, cela nécessiterait une stratégie de l'UE concernant les conditions dans lesquelles l'argent devrait être mis à disposition.

Le consensus actuel – fournir une aide à la reconstruction uniquement en cas de réformes fondamentales, c'est-à-dire de facto une fois qu'Assad n'est plus au pouvoir – est moralement correct, mais ce n'est pas une option réaliste.

En outre, il restreint inutilement la marge de manœuvre de l'UE. Nous devrons nous demander: dans quelles conditions l'UE devrait-elle s'impliquer? Quelle influence voulons-nous obtenir? Avec qui sommes-nous disposés à coopérer?

Et surtout, comment traitons-nous ceux qui ont commis des crimes atroces en matière de droits de l'homme? Il va sans dire que Bachar al-Assad doit être traduit devant la Cour pénale internationale.

Mais la vérité qui dérange est: le régime syrien reste au pouvoir et le président russe Vladimir Poutine le protège.

Au cours des derniers mois, plusieurs groupes de réflexion ont proposé des approches permettant à l'UE de faire face à cette situation difficile.

« Plus pour plus » en est un: plus d'aide à la reconstruction pour plus de réformes, plus d'accès humanitaire, libération des prisonniers politiques, plus de participation démocratique. Fournir une aide à la reconstruction aux régions qui ne sont pas sous contrôle central ou directement aux bénéficiaires tout en contournant le régime en est une autre.

Les deux approches sont accompagnées de l'appel à prioriser les projets qui bénéficient directement à la population, tels que l'éducation et la santé.

En outre, un moyen est nécessaire pour faire face aux graves crimes contre les droits de l'homme commis en Syrie. L'impunité compromettrait toute stabilité à long terme.

Cour pénale internationale?

Cependant, l'accès à la Cour pénale internationale est bloqué tant que la Russie n'accepte pas de lui renvoyer l'affaire syrienne.

Alors, que peut-on faire d'autre?

La demande d'un tribunal spécial, comme en Yougoslavie, est une référence importante, mais peu réaliste dans la situation actuelle.

La poursuite de crimes en dehors de la Syrie par le biais de la juridiction dite universelle est une approche innovante, comme on peut actuellement l'observer lors d'un procès à Coblence, en Allemagne, où un ancien officier du régime Assad fait face à des poursuites pour violations présumées des droits de l'homme, y compris la torture.

Cette approche devrait être élargie, également au-delà de l'Allemagne et des Pays-Bas.

Les États membres de l'UE pourraient ainsi unir leurs forces et mettre en commun leurs ressources et leur expertise pour ces essais.

Il est à espérer que le mécanisme de sanctions de l'UE, qui fait actuellement l'objet de discussions, sera utilisé pour geler les comptes des criminels de guerre et restreindre leur liberté de voyager dans un proche avenir.

Poursuivre la stratégie actuelle de l'UE n'est pas une option pour la Syrie. Aucune des nouvelles approches décrites ne vient avec une garantie de succès. Mais elles méritent d'être discutées et testées.

Sinon, il existe un risque élevé que les États membres de l'UE agissent sans coordination ni boussole, sur différents fronts, affaiblissant ainsi encore plus l'influence déjà limitée de l'UE. On peut très bien observer où cela peut conduire en Libye.

Tout débat sur la meilleure stratégie pour la Syrie qui tienne compte des réalités sur le terrain sera difficile et difficile.

Par conséquent, l'UE et ses États membres doivent engager d'urgence un tel débat.

La pression économique exercée sur le régime d'Assad et la conférence des donateurs à Bruxelles le 30 juin offrent à l'UE la possibilité d'influencer la ligne de conduite en Syrie.

Dans l'intérêt des Syriens vivant dans leur pays et des exilés, l'UE et les États membres ne doivent pas se dérober à leurs responsabilités.

Il est fort possible que cela prenne autrement très longtemps à l'UE pour devenir un acteur qui est à nouveau pris au sérieux dans ce conflit.