Marine Le Pen cherche une ouverture politique après la décapitation d'un enseignant en France – POLITICO

Marine Le Pen cherche une ouverture politique après la décapitation d'un enseignant en France – POLITICO

19 octobre 2020 0 Par Village FSE

Son parti d'extrême droite tournait en rond, poursuivi par les rediffusions d'une vieille querelle avec sa nièce et un manque d'énergie à l'approche d'une nouvelle candidature présidentielle.

Mais le contexte a changé pour la française Marine Le Pen.

À la suite de la décapitation d'un instituteur qui a montré des caricatures du prophète Mahomet à sa classe, Le Pen est à nouveau dans son élément – jurant de fermer les frontières et de faire pleuvoir un feu de l'enfer sur les terroristes alors que le président Emmanuel Macron se débat dans une deuxième vague de pandémie de Coronavirus.

Lundi, le président du parti Rassemblement national a donné une conférence de presse retransmise en direct sur le site Internet du Figaro, un journal de droite.

Apparemment excitée, la politicienne vêtue de noir a déclaré que la France avait désormais besoin d'une «législation de guerre» pour lutter contre ce qu'elle appelait «une force organisée et déjà installée» – vraisemblablement en référence à des islamistes radicalisés comme le suspect de l'attaque au couteau, une – un ancien réfugié tchétchène abattu après une confrontation avec la police à Conflans-Sainte-Honorine, près de Paris.

Qu'importe que l'assaillant, un réfugié né à Moscou, vivait en France avec ses cinq frères et sœurs depuis 12 ans, ne s'était jamais présenté sur les listes de surveillance des terroristes et avait récemment obtenu le statut de résident permanent en France.

Le Pen n'allait pas rater une occasion de mettre en lumière ses vues intransigeantes, qui ont peu varié (à l'exception de ses appels à quitter la zone euro, désormais abandonnée) depuis ses débuts en politique en 2010.

Elle ne manquerait pas non plus de s'en prendre à son adversaire, Macron.

«Contre une force organisée et déjà installée… notre président a proposé une stratégie de confinement inadéquate et anachronique», a-t-elle déclaré. «La situation appelle une stratégie de reconquête.»

Envie d'une revanche

Trois ans après sa défaite face à Macron au dernier tour d'une présidentielle, Le Pen se concentre désormais sur sa propre stratégie de reconquête: battre Macron en 2022.

Députée en exercice, elle a évité les élections à mi-parcours risquées. Elle a scrupuleusement évité le scandale. Et elle a promu des membres jeunes et relativement inexpérimentés du parti à des postes importants dans la hiérarchie du Rassemblement national, s'assurant que son autorité reste incontestée.

La stratégie a réussi à maintenir sa base de soutien. Selon le décompte des sondages de POLITICO, Le Pen est resté proche de Macron lors d'un hypothétique premier tour de l'élection présidentielle pendant la majeure partie de l'année écoulée, le dépassant même brièvement au plus fort de la crise des Gilets jaunes.

Mais le résultat de son approche à faible risque a également été la monotonie.

Alors que le gouvernement de Macron luttait contre la pandémie, Le Pen n'avait guère plus que des critiques de snipers, et son parti a été confronté à des maux familiers: échec des efforts pour unir leurs forces avec d'autres personnalités de droite, critique interne des projets de recul de la réforme des retraites et résurgence d'un querelle de longue date – et quelque peu mise en scène – avec sa nièce populaire, Marion Maréchal.

L'attaque de Conflans met Le Pen à l'offensive tandis que Macron est en retrait.

En proie à une double crise sanitaire et économique, le président fait désormais face à un troisième front sur le terrorisme et le radicalisme islamiste qui ne joue pas à ses côtés.

Dans un discours plus tôt ce mois-ci, Macron a exposé sa vision pour faire face à ce qu'il a appelé le «séparatisme», ou la séparation de la société française des groupes religieux, à savoir les pratiquants de l'islam radical.

Mais cette décision, que beaucoup critiquaient comme insensible, semble désormais inadaptée à la gravité de l’attaque de Conflans, qui a été perçue comme une attaque directe contre la liberté d’expression et la tradition laïque de la France.

Méfiant de paraître inactif, le président a convoqué son conseil de défense dans les heures qui ont suivi l'attaque et, lundi, la télévision a diffusé des images de la police faisant des descentes à des groupes d'islamistes radicaux. Le ministre conservateur de l’Intérieur de Macron, Gérald Darmanin, est allé jusqu’à proposer de dissoudre le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), un groupe militant controversé luttant contre l’islamophobie, et d’autres groupes, comme étant des «ennemis de la République».

Mais Le Pen revendique depuis longtemps les solutions les plus radicales. Si les alliés de Macron tentent de la poursuivre, se divisant dans le processus, ils se retrouveront tête baissée dans une confrontation plus risquée avec le chef du Rassemblement national dans deux ans.