Les temps changent, tout comme la PAC – EURACTIV.fr

Les temps changent, tout comme la PAC – EURACTIV.fr

20 octobre 2020 0 Par Village FSE

Le Parlement européen votera sur la nouvelle politique agricole commune (PAC) à la fin de la semaine. Dans une interview accordée à EURACTIV France, le député du Bundestag, Harald Ebner (Verts), a expliqué à quel point il était crucial d’intégrer la stratégie «de la ferme à la fourchette» de la Commission européenne dans la nouvelle PAC, qui, selon lui, devrait être plus verte et plus juste.

Le député du Bundestag, Harald Ebner, est actuellement président des Verts au sein de la commission de l’alimentation et de l’agriculture du Bundestag.

Lundi et mardi (19-20 octobre), les ministres européens de l'agriculture se réunissent pour négocier les principaux textes qui définiront la PAC pour les sept prochaines années. Plus tard dans la semaine, ce sera au tour du Parlement de traiter ces questions. À quoi devrait ressembler la nouvelle PAC?

La réponse est assez simple: surtout, elle ne doit pas ressembler à l'ancienne. Ça ne peut plus continuer comme ça. Les défis sont énormes. La crise des coronavirus a certes provoqué un bouleversement économique majeur, mais ce n'est pas la seule crise que nous traversons.

L'urgence climatique, la destruction de la biodiversité, l'érosion des sols et la pollution de l'eau sont tout aussi graves. Toutes ces questions, peu ou pas préoccupantes il y a quelques années, sont devenues essentielles. Les temps changent, tout comme la PAC.

Cela signifie-t-il que la politique agricole, telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui, n'est pas assez verte?

Loin de là. Notre agriculture produit de la valeur, qui n'est pas reconnue par la politique agricole actuelle. Dans notre société de consommation, il est peut-être satisfaisant d'acheter des denrées alimentaires à bas prix mais des prix bas ne garantissent pas un revenu satisfaisant aux agriculteurs, ni ne garantissent une production agricole de qualité.

De plus, les subventions allouées aux agriculteurs sont très inégalement réparties. Alors que les grandes exploitations reçoivent la majorité des fonds, les petits agriculteurs, qui assurent la diversité de la production, sont mis à l'écart par la logique du marché et la pression sur les prix. Désormais, il est essentiel d'encourager les agriculteurs à se tourner vers des modes de production plus durables. La PAC doit devenir plus verte mais aussi plus juste.

En mai 2020, la Commission européenne a présenté sa stratégie «De la ferme à l'assiette» (F2F), avec des objectifs ambitieux pour promouvoir l'agriculture biologique, réduire l'utilisation de pesticides et d'intrants synthétiques. Cette stratégie a-t-elle un avenir dans la future PAC?

Il a un avenir et il doit en avoir un. Avec sa stratégie F2F, la Commission a pris des engagements ambitieux: une réduction de 50% de l'utilisation des pesticides d'ici 2030, une réduction d'au moins 20% de l'utilisation des engrais, et la promotion d'une agriculture plus écologique et durable… Tout cela les mesures vont dans la bonne direction. Il reste à voir si l'UE atteindra son ambition avec un plan d'action et un soutien financier suffisant.

Nous sommes dans une période clé, avec la réunion du Conseil et le vote sur la réforme de la PAC au Parlement européen. Si la stratégie «de la ferme à l'assiette» n'est pas intégrée dans la PAC, nous aurons perdu sept années cruciales avec des conséquences environnementales désastreuses.

Et de nombreux rapports le confirment: cela ne peut pas continuer comme ça, la politique agricole doit changer. Même le Comité consultatif scientifique (allemand) de l'agriculture et de l'alimentation (Wissenschaftliche Beirat für Agrarpolitik, Ernährung und gesundheitlichen Verbraucherschutz) a récemment pris position à ce sujet.

En réponse à la question «Que devrait faire l'agriculture pour protéger le climat et s'adapter au débat sur le changement climatique» – ces deux questions étant intrinsèquement liées – la commission a clairement indiqué que la politique agricole de l'UE doit cesser de fournir des aides sans compensation environnementale. Et c'est ce que les Verts réclament depuis longtemps: de l'argent public pour les services publics rendus.

La semaine dernière, la ministre allemande de l'Agriculture, Julia Klöckner, a proposé de réduire la part minimale des fonds alloués aux «éco-programmes», un régime destiné à payer les agriculteurs pour les services qu'ils fournissent à l'environnement. Dans le premier pilier de la PAC, seuls 20% du budget leur seraient alloués…

Cette annonce m'a laissé sans voix. Cela prouve simplement que Mme Klöckner ne veut rien changer. Derrière ces belles paroles, il s'agit ici de maintenir l'ancien système.

Afin d'encourager les agriculteurs à passer à une agriculture plus durable, elle doit également être rentable. Sans ressources financières substantielles, les agriculteurs ne pourront pas faire la transition vers une agriculture durable. Si la part des éco-programmes est réduite à seulement 20%, la mesure n'aura plus d'effet. Même 30% ne suffiront pas à changer fondamentalement le système.

La question de la subsidiarité est également une source de nombreux débats.

En effet. La Commission européenne veut donner plus de responsabilités aux Etats membres au risque de voir un nivellement à la baisse. Si les États membres se retrouvent seuls avec la responsabilité de gérer ces «éco-programmes», quel chef d'État ou quel ministre de l'Agriculture rentrera chez lui en disant: «Nous avons négocié quelque chose, et pour le mettre en œuvre, nous serons plus stricts que tous nos autres Voisins européens réunis. »

Personne ne peut faire ça. C’est ce qui nous attend: les pays se regarderont, pour faire le moins possible chez eux. Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin de mots fantaisistes, mais de mesures strictes et claires.

En plus de votre mandat au Bundestag, vous êtes membre de l'Assemblée parlementaire franco-allemande (DFPV). Dans quels domaines attendez-vous une coopération concrète au sein de la DFPV? Plus précisément dans le domaine de l'agriculture?

Rassembler ainsi des parlementaires de deux pays différents est unique au monde. Cette assemblée parlementaire binationale est très jeune (créée en 2019 par le traité bilatéral de coopération franco-allemande). Nous ne nous sommes rencontrés que trois fois: à Paris, Berlin et Strasbourg. La dernière réunion à Francfort a été annulée en raison du coronavirus.

Mais j’espère que la coopération augmentera dans les années à venir. Surtout dans l'agriculture, nos deux pays peuvent apprendre l'un de l'autre. La France, par exemple, a introduit il y a plusieurs années des mesures phares pour réduire l'utilisation de pesticides. Bien sûr, il reste encore un long chemin à parcourir, mais pour lutter contre le réchauffement climatique, combiner les forces est évidemment une bonne stratégie.

(Edité par Zoran Radosavljevic)