Les prisonniers politiques se battent pour la démocratie et la liberté et nous devons respecter leur héritage

Les prisonniers politiques se battent pour la démocratie et la liberté et nous devons respecter leur héritage

6 août 2020 0 Par Village FSE

À l'ère des médias sociaux, les informations voyagent vite et les commentaires sur l'actualité voyagent encore plus vite, parfois trop vite. La semaine dernière, un tribunal de la ville de Tbilissi a condamné le politicien Giorgi Rurua à quatre ans de prison pour possession illégale et port d'armes à feu. L'eurodéputé Andrius Kubilius a réagi en demandant la grâce de Rurua, malgré ses antécédents bien connus d'activités criminelles.

La présidente géorgienne Salomé Zourabishvili a annoncé qu'elle ne pardonnerait pas à Rurua. Elle a raison de le faire et les Géorgiens doivent peut-être expliquer au député Kubilius et à ses collègues pourquoi. Il est faux et irresponsable de décrire Rurua comme un prisonnier politique. Un politicien qui commet des crimes graves n’est pas un «prisonnier politique». C'est simplement un criminel qui se trouve être également un politicien.

Il est fort possible que des déclarations comme celle de l'eurodéputé Kubilius soient le résultat d'être induites en erreur par d'autres. L’expérience du député Kubilius en matière de soutien à l’état de droit est très impressionnante, et il est donc difficile de savoir pourquoi il souhaiterait défendre Rurua, un criminel et assassin condamné qui a fraudé et terrorisé le peuple géorgien.

En tant que citoyens de l'ex-Union soviétique, nous nous souvenons bien comment le régime bolchevique a puni les patriotes qui se sont battus pour l'indépendance dans les pays conquis par l'Empire soviétique, y compris la Lituanie. Les sacrifices de ces personnes, les dissidents, les décennies de souffrance et les luttes incessantes ont conduit à la liberté pour nous tous. Je voudrais vous rappeler seulement quelques-uns de ces héros, bien qu'il ne soit pas possible d'énumérer tous leurs noms ici: le cardinal Sigitas Tamkevicius, les membres du groupe lituanien d'Helsinki Karolis Garuckas, Viktoras Petkus, Tomas Venclova, le fondateur du lituanien Ligue de la liberté Antanas Terleckas, Merab Kostava, Giorgi Chanturia, Paruyr Hayrikyan et Vladimir Bukovsky.

C'étaient de véritables prisonniers politiques. Ils ont été persécutés et criminalisés pour leurs croyances et leur activisme.

Le terme «prisonnier politique» ne doit pas être utilisé à mauvais escient. Il rappelle les héros du passé qui ont traversé des temps sombres. Les criminels d’aujourd’hui, qui ont cherché à se faire élire comme couverture politique, ne méritent pas le terme de «prisonniers politiques». Rurua n'a rien fait pour mériter ce noble mandat. Il n'a commis que des crimes, y compris une corruption grave, et a maintenant reçu justice pour ses actes criminels.

En utilisant des mots aussi émotifs, nos dirigeants dévalorisent l’importance des mots et insultent la mémoire de ces véritables prisonniers politiques du passé de nos pays qui ont tant sacrifié pour l’indépendance de leur patrie.

Être citoyen de l'Union européenne et membre du Parlement européen comporte une grande responsabilité. Les charges retenues contre Rurua ont été confirmées par un tribunal souverain. Le gouvernement géorgien n'est intervenu ni en faveur ni contre les accusations. Cela n'est pas possible dans un pays respectueux des lois.

Les accusations sont bien connues. La Cour européenne des droits de l'homme a statué dans un certain nombre d'affaires que des hauts responsables de l'ancien gouvernement du Mouvement national uni (UNM) étaient coupables de crimes, notamment de torture, de traitement inhumain de prisonniers, de meurtres, d'enlèvements, de pillage du budget de l'État, de racket, et détournement de fonds. En tant que citoyens et contribuables géorgiens, nous sommes contraints de payer les amendes imposées par la Cour internationale, qui se chiffrent en millions de dollars, aux familles des victimes et des morts pour ces crimes passés.

Nous acceptons cette responsabilité, comme tout le monde le doit s’il croit en l’état de droit.

Les crimes de Rurua et de ses collègues sont réels. Ils ne doivent pas être minimisés, ni les victimes privées de justice, simplement parce qu'il détient un titre. «Prisonnier politique» est un terme qui devrait être réservé à ceux qui le méritent. Les criminels, condamnés par les tribunaux et impliqués par la CEDH, ne méritent pas ce nom, et ils ne méritent le soutien de personne.

J’espère au contraire que tous les amoureux de la liberté et de la démocratie en Géorgie pourront travailler ensemble et que tous leurs homologues de Bruxelles aideront à poursuivre le chemin de la Géorgie vers une plus grande intégration européenne et ne permettront pas à de tels conflits de faire obstacle.