«Le risque d'une nouvelle trahison ne peut être toléré»

«Le risque d'une nouvelle trahison ne peut être toléré»

3 juillet 2020 0 Par Village FSE

Un nouveau roman historique sur l’ancienne dictature éthiopienne pourrait-il être la goutte d’eau qui oblige le directeur général assiégé de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Gebhreyesus, à démissionner?

Money, Blood and Conscience raconte l'histoire d'un producteur de télévision hollywoodien qui organise un concert de rock pour les victimes de la famine éthiopienne et se retrouve mêlé à cette dictature, une ancienne coalition marxiste-léniniste appelée le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien, ou EPRDF. Pourquoi une œuvre de fiction suscite-t-elle un tel malaise à Genève que le Directeur général de l’OMS, son Bureau de la conformité, de la gestion des risques et de l’éthique et son Comité indépendant de contrôle et de consultation ont refusé de commenter?

L'EPRDF, contrôlé par une faction tribale appelée le Front de libération du peuple tigré (TPLF), a été un violateur majeur des droits de l'homme. En 2018, la coalition a largué son partenaire du TPLF et nommé Abiy Ahmed, lauréat du prix Nobel de la paix, Premier ministre réformiste pour repousser une révolution démocratique.

Le Dr Tedros, qui porte son prénom, est un autre survivant de l'EPRDF. En tant que ministre des Affaires étrangères et membre influent du bureau politique du TPLF, il était le troisième plus haut fonctionnaire de l'Éthiopie de 2012 à 2016, avant son élection à la tête de l'OMS.

Money, Blood and Conscience combine le journalisme d'investigation et la fiction pour décrire une Éthiopie agonisée sous la règle du TPLF. Cependant, son auteur, David Steinman, un conseiller américain à la retraite de la révolution démocratique en Éthiopie, met de côté le récit dans un post-scriptum non fictif pour exiger que les dirigeants du TPLF soient tenus responsables des crimes contre l'humanité.

La postface soutient également que le Dr Tedros partage la responsabilité de certaines de ces atrocités, que son implication le disqualifie pour sa position actuelle et que son passé caché aide à expliquer ses actions pendant l'épidémie de COVID-19.

La nouvelle de l'accusation de Steinman commence à se répandre. Le magazine conservateur influent National Review l'a diffusé fin juin. De plus en plus de médias planifient également des articles basés sur ses révélations.

Steinman est un économiste formé à Wharton qui, en tant qu'expert-conseil auprès du Conseil de sécurité nationale des États-Unis sous l'administration Reagan, a joué un rôle déterminant dans le renversement du fameux « Baby Doc » d'Haïti Duvalier et a contribué à façonner la stratégie de promotion de la démocratie américaine pour inclure la droite dictateurs. En plus de co-planifier la rébellion éthiopienne, Steinman a également dénoncé les violations des droits de l'homme et la corruption du TPLF dans le Washington Post, Forbes et New York Times.

J’ai contacté Steinman à Los Angeles pour une entrevue afin d’explorer ses accusations contre le directeur général de l’OMS. Notre discussion allait de l'histoire éthiopienne au différend actuel entre les eaux du Nil éthiopien et égyptien.

ABEBE GELLAW (AG): Qu'affirmez-vous exactement dans la postface de votre livre que le Dr Tedros a mal agi?

DAVID STEINMAN (DS): Tedros a sous-estimé les taux de pauvreté en Éthiopie en faisant la promotion de fausses statistiques. L'EPRDF, qu'il a co-dirigé, a tenté de cacher l'ampleur d'une famine de 2015 en avertissant les ONG de ne pas utiliser le mot «famine» lors de leurs entretiens avec la presse. Ces fausses déclarations ont retardé les secours et coûté des vies.

Tedros a organisé des enlèvements de dissidents éthiopiens au Yémen, a tenté de blanchir à la chaux un massacre de manifestants non violents en 2016 par les forces de sécurité de l'État, et a détourné le regard tandis que le TPLF torturait des enfants, les envoyait dans des camps de concentration, et son mandataire somalien a placé des prisonniers politiques dans des cellules avec lions, léopards et hyènes.

AG: Les fans du Dr Tedros disent qu'il n'aurait pas pu être impliqué dans de tels actes répréhensibles qui ont dû être commis par d'autres membres de l'EPRDF.

DS: Le récit conventionnel est que Tedros a sauvé héroïquement des vies sous l'EPRDF malgré le mal qui l'entoure. La vérité est qu'il était un partisan actif et un catalyseur de ce mal – un chef de file de celui-ci, en fait – qui a contribué à la mort et aux blessures de milliers d'Éthiopiens dont la vie préfère que ses défenseurs balaient sous le tapis. Outre les membres cyniques de l'ONU et les experts naïfs de la santé publique qui ont voté pour lui malgré son bilan insensé, ces défenseurs incluent des célébrités sans la moindre idée comme Lady Gaga qui a publiquement qualifié Tedros de «superstar».

AG: Où est la preuve?

DS: L’affirmation trompeuse de Tedros en 2014 selon laquelle seulement 29% des Éthiopiens vivaient dans la pauvreté sous l’EPRDF est enregistrée. Il en va de même pour une interview accordée à CNN en 2015 dans laquelle il tente de passer sous silence et de défendre le dossier indéfendable des droits de l'homme de l'EPRDF. Sa tentative de blanchir le massacre de 2016 est sur son propre blog.

Les plus grandes preuves se cachent à la vue. Les horreurs de l'EPRDF ont été largement rapportées. Pourtant, Tedros, malgré sa connaissance indéniable d'eux, a publiquement défendu, représenté, conseillé et aidé à guider le régime. Il faisait partie intégrante du mécanisme de la mort. Cela répond à la norme de preuve utilisée pour condamner Ribbentrop à Nuremberg.

Le fait qu'Abiy Ahmed ait mis fin à la plupart des abus peu de temps après sa prise de fonction montre également que le TPLF de Tedros, qui avait une emprise encore plus serrée sur les forces de sécurité, aurait pu aussi les arrêter mais a choisi de ne pas le faire.

AG: Les violations des droits de l'homme n'étaient-elles pas simplement les douleurs grandissantes d'une démocratie naissante comme le soutient le Dr Tedros?

DS: L'Ethiopie sous Tedros était une tyrannie monstrueuse, pas une «démocratie naissante». Prenons, par exemple, quelques cas documentés par Amnesty International du type de barbarie du TPLF dont il partage la responsabilité: un enseignant a été poignardé à l'œil avec une baïonnette pendant la torture en détention parce qu'il refusait d'enseigner la propagande sur le TPLF à son étudiants. Une jeune fille avait du charbon brûlant sur le ventre parce que son père était soupçonné de soutenir un groupe d'opposition. Un étudiant était attaché dans des positions tordues et suspendu au mur par un poignet parce qu'un plan d'affaires qu'il avait préparé pour un concours universitaire était considéré comme étant soutenu par des motivations politiques. D'anciens prisonniers de l'ère Tedros racontent des coups, des décharges électriques, des simulations d'exécutions, des brûlures avec du métal chauffé ou du plastique fondu et des viols collectifs. Des termes comme «violations des droits de l'homme» sont tellement cliniques. Rappelez-vous la souffrance humaine derrière eux.

AG: Qu'est-ce que cela a à voir avec la crise des COVID comme vous le prétendez?

DS: La mesure dans laquelle Tedros est disposé à laisser les autres être blessés pour protéger de puissants clients, et la dépravation dont il est capable, doivent être correctement comprises avant d'évaluer la probabilité d'une trahison de sa part au profit de la Chine. Vu sous cet angle, la probabilité correspond aux estimations les plus désobligeantes. Évidemment, le risque d'une nouvelle trahison est intolérable.

AG: Que dites-vous à ceux qui soutiennent que le milieu d'une pandémie n'est pas le moment de changer le leadership de l'OMS?

DS: La fiabilité de ceux dont dépendent des milliards de vies doit être incontestable pour la sécurité publique et pour encourager le respect des directives de l'OMS. Au lieu de cela, l'agence de santé publique la plus importante au monde est dirigée par quelqu'un dont le caractère serait mis en cause dans n'importe quelle salle d'audience.

AG: Quel est le résultat ici?

DS: Si Tedros se soucie vraiment de l’OMS et de sa mission, il devrait le prouver en démissionnant en faveur d’un nouveau leader qui pourra restaurer la réputation et les relations de l’agence avec les États-Unis. Ceux des deux côtés du débat américain sur la réduction des financements de l’OMS devraient faire des compromis en conditionnant la reprise de l’aide financière à la démission de Tedros.

Enfin, le Suisse devrait poursuivre Tedros en vertu du droit international pour ses violations des droits de l'homme en Éthiopie. La Suisse a personnellement compétence sur Tedros depuis qu'il y réside. Il n'est pas protégé par l'immunité diplomatique pour ce genre de crimes. La vie éthiopienne compte.