Le financement de la transition énergétique doit prendre en compte les différences régionales entre les États membres – EURACTIV.com

Le financement de la transition énergétique doit prendre en compte les différences régionales entre les États membres – EURACTIV.com

25 octobre 2020 0 Par Village FSE

L’augmentation de l’objectif de réduction des émissions de l’UE d’ici à 2030 est actuellement un sujet très débattu à Bruxelles. Que l’objectif soit de 55% ou 60%, l’atteinte des objectifs ambitieux de l’UE en matière de changement climatique nécessite des investissements importants.

Paweł Strączyński est le vice-président des finances de PGE.

Comme il est présenté dans l'analyse d'impact préparée par la Commission européenne, les besoins annuels en investissements dans le système énergétique (hors transports) pour atteindre le niveau d'ambition de 55% seront de 438 milliards d'euros en 2021-2030. Ce coût sera probablement supporté par les États membres et les régions les plus dépendants du charbon en premier lieu. Des objectifs plus ambitieux signifieront un défi d'investissement beaucoup plus important. Selon nos estimations, la mise en œuvre de la réduction de 55% des émissions en Pologne coûterait 136 milliards d'euros, ce qui signifie que le niveau actuel de financement est cependant insuffisant pour couvrir le déficit de dépenses nécessaire jusqu'à 92,6 milliards d'euros à couvrir.

Compte tenu des politiques climatiques de l'UE, le groupe PGE devient un leader de la transition énergétique en Pologne en atteignant la neutralité climatique d'ici 2050 et en réduisant ses émissions de dioxyde de carbone de 85% d'ici 2030. Selon une nouvelle stratégie du groupe PGE publiée le 19 octobree le Groupe prévoit de disposer d'ici 2030 de 2,5 GW de capacités éoliennes offshore et d'augmenter ses capacités éoliennes et photovoltaïques onshore de 1 GW et 3 GW respectivement. D'ici à 2030, les sources à émissions nulles et à faibles émissions constitueront 85% du portefeuille de production et la part des énergies renouvelables représentera 50% de la production totale. La mise de fonds totale prévue pour la période 2021-2030 est d'env. 17 milliards d'euros.

Le coût total de la réalisation des objectifs de l’UE en matière de changement climatique représente un fardeau énorme pour les États membres dont le PIB par habitant est nettement inférieur à la moyenne de l’UE et fortement tributaires du charbon, qui ont un point de départ différent dans la transformation vers une économie neutre pour le climat. Par conséquent, un mécanisme de financement approprié devrait être prévu pour ces États membres afin de les aider dans cette transition et de ne pas les laisser pour compte.

Le financement éventuel de la transformation énergétique devrait provenir du cadre financier pluriannuel 2021-2027 (CFP 2021-2027), y compris le Fonds pour une transition juste, ainsi que du nouveau mécanisme de relance et de résilience dans le cadre de l'UE de nouvelle génération, ainsi que des mécanismes basés sur le SEQE de l'UE comme le Fonds de modernisation. La finance durable est un moyen d'orienter les financements du secteur privé vers les objectifs en matière de changement climatique.

Cependant, en cas de moyens financiers pour la transition énergétique à partir des marchés financiers, nous pouvons identifier les éventuels obstacles mis en place par le règlement sur la finance durable (dit règlement taxinomique). L'idée principale du règlement sur la taxonomie est de choisir quelles technologies peuvent être considérées comme durables d'un point de vue environnemental et lesquelles ne le peuvent pas. C'est particulièrement un problème dans le cas du gaz et de l'énergie nucléaire, car la Commission européenne décidera dans des actes délégués si ces technologies seront ou non considérées comme durables.

Lier les fonds de l'UE au règlement sur la taxonomie sapera également l'effort de transformation, car les investissements dans des technologies qui ne seront pas considérées comme durables ne pourront pas garantir le financement de l'UE. Cela augmentera à son tour les coûts de la transformation énergétique et entravera considérablement la transition énergétique. Cela empêchera également le déploiement des énergies renouvelables, car les technologies garantissant la stabilité et la sécurité des réseaux européens et permettant ainsi l'intégration même des énergies renouvelables dans le système, seront beaucoup plus difficiles à déployer.

Nous convenons que la transparence des investissements est importante et soutenons absolument l'idée d'une finance durable, car tous les investissements à mettre en œuvre par PGE doivent avoir un impact environnemental positif. Nous serions très heureux de montrer cet impact aux institutions financières, en particulier compte tenu du potentiel de marché de la finance durable. Cependant, la taxonomie doit prendre en compte la spécificité régionale. Par exemple, dans le système énergétique polonais, où les capacités de gaz n'ont pas encore été développées à plus grande échelle, le rôle du gaz naturel en tant que combustible de transition est essentiel. Dans une perspective à long terme, nous pouvons par ex. utiliser de l'hydrogène à cette fin en termes réels. De nos jours, les unités à gaz hautement efficaces à faibles émissions doivent jouer un rôle important dans la stabilisation du système électrique en période de croissance des sources intermittentes de SER et de déclassement continu des unités au charbon. De plus, nous investissons dans la conversion de la production de chaleur au charbon en gaz naturel. Abandon des poêles à charbon individuels et promotion du système de chauffage dans le réseau de distribution de chaleur le plus développé d'Europe que nous ayons en Pologne, ce qui contribue à une amélioration significative de la qualité de l'air. Cela nous permettra également de réduire la précarité énergétique. Et la vraie durabilité, c'est quand on n'oublie pas les aspects sociaux.