La Suède et le Danemark sortent de l'ombre en tant que frugaux de l'UE – EURACTIV.fr

La Suède et le Danemark sortent de l'ombre en tant que frugaux de l'UE – EURACTIV.fr

11 juillet 2020 0 Par Village FSE

Normalement perçus comme des joueurs d'équipe, la Suède et le Danemark se sont retrouvés à jouer le rôle inhabituel de valeurs aberrantes dans la politique de l'UE, bloquant le plan de relance COVID-19 largement soutenu.

Faisant partie des «quatre frugaux», les deux pays scandinaves font partie des derniers récalcitrants à adopter un plan de relance massif pour les pays de l'UE dont les économies ont été ravagées par la nouvelle pandémie de coronavirus.

« Jusqu'à présent, nous nous cachions derrière les Britanniques et, dans l'ensemble, les gens considéraient le Danemark comme un pays agréable et conforme à la législation de l'UE, mais maintenant la vérité se révèle », a déclaré à l'AFP Marlene Wind, professeur de sciences politiques à l'Université de Copenhague.

La Suède voisine, qui a rejoint l'UE en 1995, a également recherché des solutions pragmatiques et n'a pas fait trop de bruit lors des sommets.

Mais elle a également rejoint les Pays-Bas et l'Autriche, et les quatre devraient faire clairement connaître leur opposition lors de la réunion extraordinaire du Conseil européen des 17 et 18 juillet, lorsque le plan de relance post-COVID-19 sera à l'ordre du jour.

Le plan, soutenu notamment par Berlin et Paris, nécessite l'approbation unanime pour être adopté.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, devait présenter jeudi ou vendredi une «boîte de négociation», avec les chiffres proposés qui serviront de base aux négociations.

Subventions ou prêts

Le principal point de discorde est de savoir si l'aide doit être octroyée sous forme de subventions ou – comme le demandent les «frugaux» – de prêts.

Contrairement à l'idée de simplement payer pour les membres du sud du syndicat, qui ont été touchés de manière disproportionnée par la pandémie de COVID-19 mais également considérés comme laxistes sur le plan financier ou même irresponsables par certains membres, les «frugaux» insistent sur le fait que l'aide doit s'accompagner d'un plan de rembourser les fonds à l'avenir.

Les partisans du plan de relance ont plutôt plaidé pour la nécessité de faire preuve de «solidarité».

Mais selon Annika Strom Melin, ancienne directrice de l'Institut suédois d'études des politiques européennes (SIEPS), les appels à la coopération politique ont été accueillis par «l'incompréhension et la critique» en Suède, l'analyste notant que le pays s'est joint principalement pour gagner l'accès au marché commun.

C'est à cela que la secrétaire d'État française aux Affaires européennes, Amélie de Montchalin, depuis le 6 juillet la ministre de la Transformation publique, tentait de rentrer chez elle lorsqu'elle s'est rendue en Suède début juillet pour renverser le «nej» suédois (non).

Elle a fait valoir que le plan d'un fonds de 750 milliards d'euros (847 milliards de dollars) «est une relance du marché intérieur, (…) dans lequel nous sommes 27 et dans lequel nous voyons qu'aucun pays n'a les moyens de récupérer sur son posséder. »

Lors des dernières négociations budgétaires, Copenhague et Stockholm, comme La Haye, ont obtenu un rabais pour la période 2014-2020, qui pourrait être renouvelé pour 2021-2027.

Selon une source de l'UE, l'opposition au plan de relance est également un moyen de faire pression pour obtenir ce rabais.

« Tout cela a un objectif principal: ils veulent leur remise », a indiqué la source à l'AFP.

Marge de compromis

Au sein de l'UE, les pays scandinaves, tous deux contributeurs nets, sont favorables à un budget limité.

«Le Premier ministre dit toujours que nous devons protéger les Danois de ceux qui prennent de l'argent à l'État providence danois», a déclaré Wind.

Wind a également noté que le Premier ministre danois Mette Frederiksen et les sociaux-démocrates du pays avaient réussi à ramener les électeurs en adoptant un programme plus anti-immigration et eurosceptique lors des dernières élections, volant ainsi le vent des voiles du parti populaire populiste danois (DF ).

Ayant gagné en popularité grâce à sa manipulation du nouveau coronavirus, Fredriksen est susceptible de maintenir sa lignée.

Cependant, selon Daniel Tarschys, professeur de sciences politiques à l'Université de Stockholm, le plan de relance n'est peut-être pas voué à l'échec, car il y a encore place à compromis.

«Ce que beaucoup n’ont pas remarqué, c’est le nombre de concessions que les quatre« frugaux »ont déjà faites», a expliqué Tarschys à l’AFP.

« Ils acceptent désormais la dette partagée en laissant la Commission utiliser son excellente cote de crédit », a-t-il poursuivi.

Tarschys a ajouté que les quatre «frugaux» ont souligné que les fonds devaient être orientés vers des investissements tournés vers l'avenir.

« Cette position est probablement bien adaptée pour gagner une large acceptation. »

Des garanties financières et environnementales sur l'utilisation des fonds pourraient également contribuer à adoucir l'opposition des Scandinaves.