La présence du Maroc en première ligne en tant que leader en temps de crise

La présence du Maroc en première ligne en tant que leader en temps de crise

3 juillet 2020 0 Par Village FSE

Le Maroc jouant le rôle de chef de file en Afrique alors que la région lutte contre la pandémie de COVID-19, l'ambassadeur du pays auprès de l'Union européenne, Ahmed Rahhou, s'est entretenu avec le rédacteur en chef de New Europe, Nicholas Waller, pour discuter du rôle du Maroc en tant que fournisseur et fabricant d'aide, comme ainsi que le principal promoteur de la coopération et de la stabilité dans la région. En plus d’être l’ambassadeur de Sa Majesté le Roi du Maroc auprès de l’UE, Son Excellence est également chef de la mission du Royaume du Maroc auprès de l’Union européenne et représentant de son pays au dialogue OTAN-Méditerranée.

NOUVELLE EUROPE (NE): «Cette initiative fait-elle partie de la coopération Sud-Sud qui vise à l'échange d'expériences et de connaissances entre les pays en développement du Sud? Comment cela s'inscrit-il dans les principales initiatives de politique étrangère du roi Mohammed VI qui se concentrent sur le renforcement de la coopération internationale? »

Ahmed Rahhou (AR): Sa Majesté le Roi Mohammed VI a toujours favorisé la coopération entre les pays du Sud à travers des échanges d'expériences, d'aide, d'investissement et la construction d'espaces communs d'échanges sociaux, culturels, économiques et politiques. L’initiative de Sa Majesté s’inscrit dans le cadre de cette coopération Sud-Sud qui a toujours été au cœur de la politique étrangère du Maroc.

De plus, avec les pays africains, il y a une dimension supplémentaire de fraternité et de très grande proximité, ce qui signifie que le Maroc est toujours sensible à ce qui se passe dans ces pays, en particulier dans les moments difficiles. Sa Majesté, à travers diverses expériences passées, a su montrer la solidarité du Maroc chaque fois que cela était nécessaire envers les pays africains amis. Dans cette phase de la pandémie générale, l'expérience marocaine, sous l'impulsion de Sa Majesté, dans la gestion de l'épidémie montre qu'il existe un savoir-faire et qu'il existe également un certain nombre de matériels de soins mis à disposition par l'industrie pharmaceutique marocaine et que le Maroc les met aujourd'hui à la disposition de ses nations amies. Ce n'est évidemment qu'un des signes d'affection, d'amitié et de proximité que le Maroc et le Roi ont envers les pays africains.

NE: Pour mettre l'ensemble du programme en perspective pour ceux qui ne connaissent pas l'industrie pharmaceutique et médicale du Maroc, que devrait savoir la communauté internationale en ce qui concerne l'histoire des investissements nationaux du Maroc et ses recherches dans ce domaine, ainsi que ses capacités pour mener à bien une telle entreprise massive?

AR: Depuis les années 1960, le Maroc a développé une importante industrie pharmaceutique qui couvre aujourd'hui près de 80% des besoins du pays, en termes de médicaments. En outre, il existe également une politique de santé assez dynamique avec les hôpitaux et la médecine privée. Cela signifie que le système de santé marocain offre une couverture relativement élevée à la population et à ses besoins. Cette expérience a permis aux laboratoires étrangers non seulement de venir investir au Maroc et d'avoir leurs unités de production sur le sol marocain, mais aussi de développer une industrie pharmaceutique purement marocaine avec le savoir-faire nécessaire développé par les pharmaciens. Cela a permis aux laboratoires d'être actifs, non seulement au Maroc et de produire pour les besoins nationaux, mais aussi d'exporter une partie de leur production ainsi que d'avoir une unité de production en Afrique et dans les pays partenaires.

Cette évolution est l'une des facettes de la politique industrielle du Maroc, qui combine à la fois des facilités d'investissement pour les nationaux et aussi pour tous les acteurs investisseurs venant de l'étranger. De plus, le Maroc couvre la possibilité d'exporter depuis le pays car il a des accords de libre-échange qui permettent aux opérateurs qui sont présents au Maroc d'accéder librement au marché dans quatre-vingt-dix territoires et pays différents.

Dans le cas des produits pharmaceutiques, en particulier, il convient d'ajouter que les agences de santé et les agences de validation des médicaments se conforment aux normes internationales. Les accords de coopération signifient qu'aujourd'hui les médicaments vendus au Maroc sont reconnus en Europe et vice versa. Cela permet évidemment aux laboratoires de mettre en œuvre, en toute sécurité, la reconnaissance de leurs produits.

Les processus de validation des médicaments sont également conformes aux normes internationales en matière de validation, de tarification et d'acceptation en termes de couverture sociale. Cela fait du Maroc un environnement globalement extrêmement favorable pour l'industrie, en général, et pour l'industrie pharmaceutique, en particulier, qui comprend un accent particulier sur la médecine à faible coût et la production de produits génériques à partir de molécules tombées dans le domaine public.n.

NE: Quels types de progrès et de changements internes ont été apportés qui ont donné au Maroc la capacité et les moyens de devenir un important producteur de fournitures médicales?

AR: En plus de l'industrie pharmaceutique, le Maroc possède une industrie, comme le textile et certaines industries de haute technologie, qui a permis pendant la pandémie de mobiliser la production rapide des besoins du pays en termes, par exemple, de masques et autres types de équipement comme le gel hydroalcoolique, etc.

Aujourd'hui, considérant que nous sommes partis de presque rien, le Maroc produit près de 10 millions de masques par jour. Nous avons atteint ce résultat après seulement quelques semaines. Il convient également de souligner que certaines industries qui ont connu une interruption de leur production, notamment l'industrie aéronautique, qui est florissante au Maroc, se sont converties à la production de respirateurs. Aujourd'hui, nous avons un respirateur 100% marocain qui commence à être produit en masse.

Nous avons également toute une gamme d'entreprises qui ont aidé des centres de recherche à entrer dans le domaine de la recherche sur les pandémies. Par exemple, un test, encore une fois purement marocain, a été développé par une fondation. Ce test a été validé par les principaux laboratoires internationaux. Il entrera en production dès que les besoins du pays seront satisfaits et sera mis à la disposition des alliés et de tous les autres pays amis.

À cet égard, il faut souligner la capacité des usines marocaines à réagir rapidement, leur inventivité et leur capacité à se mobiliser lors de cas graves comme cette pandémie. Ils sont là pour réagir aux besoins du pays et anticiper un certain nombre de besoins au niveau international.

L’ambassadeur du Maroc auprès de l’Union européenne, Ahmed Rahhou.

NE: La promesse du roi Mohammed VI d'aider d'autres pays africains à faire face à de graves problèmes médicaux remonte à de nombreuses années, notamment en 2015 lorsqu'il a offert au Secrétariat national du sida de la Guinée-Bissau une offre massive de médicaments pour traiter les maladies liées au sida. Le gouvernement marocain est-il d’avis que le pays deviendra le leader africain en matière de recherche, de production et d’aide pharmaceutique et biomédicale? Comment ce programme s’inscrit-il dans l’objectif plus large de Sa Majesté de promouvoir un paradigme humaniste et de développement pour la région?

AR: Le Maroc a développé, sous l'impulsion de Sa Majesté, un modèle de développement qui lui permet aujourd'hui d'afficher des succès indéniables tant sur le plan économique que social, notamment son ouverture sur le monde, ainsi que sa contribution à la paix, la sécurité et la stabilité mondiales dans le monde. Avec ses voisins, le Maroc apporte son expertise et son savoir-faire international pour contribuer à apporter la paix et la prospérité, dans la mesure du possible. Outre ses connaissances et ses compétences, le Maroc apporte également des investissements, de l'aide et du commerce pour permettre à tous les pays qui le souhaitent de progresser et de trouver leur propre chemin vers le développement. Ce qui est important, c'est que les aspects humains, sociaux et de développement restent au cœur de cette politique et que ce développement se fasse de manière à garantir le bien-être de tous et à rechercher le développement du bon voisinage et des échanges aux niveaux commercial, culturel et économique.

NE: La manière dont l'aide a été délivrée a été qualifiée de «pragmatique et orientée vers l'action». Qu'est-ce que cela signifie exactement dans le contexte de ce programme particulier et en quoi le gouvernement marocain considère-t-il que l'approche est différente des autres initiatives d'aide en Afrique et dans le monde?

AR: Dans le contexte de la pandémie actuelle, les besoins des pays confrontés à la maladie sont connus et très spécifiques. Ils concernent les masques, blouses, gants, gels, tous les instruments et traitements nécessaires. Cela comprend également l'expertise sur la façon de gérer les malades, de traiter les porteurs de virus et d'isoler les personnes qui sont en mesure de contaminer les autres.

Les besoins actuels de ces pays ne sont pas seulement financiers. Évidemment, la composante économique est importante, mais d'un point de vue sanitaire, ce sont tous les besoins susmentionnés. Nous savons tous qu'il y a une pénurie de certains produits de cette nature dans le monde et qu'il y a eu une course pour s'approvisionner. L’approche du Maroc a été de mettre les choses sur le terrain très rapidement afin d’avoir un impact significatif en mettant tous ces produits à disposition et au bénéfice de tous. C'est pourquoi l'approche est à la fois pragmatique et proche du sol, ce qui permet une réaction rapide.

Le Maroc peut apporter un autre soutien à travers sa politique mondiale de gestion de crise pour la pandémie et la gestion sociale, ainsi qu'un certain nombre de mesures de soutien qui ont été mises en place et qui font du Maroc un exemple mondial de gestion de la pandémie. Outre l'aide matérielle, une assistance médicale, sociale et politique peut être fournie aux pays. À l'heure actuelle, nous avons une initiative qui est tout à fait conforme aux souhaits des pays qui souhaitent recevoir des articles qui leur permettront de répondre aux exigences imposées par la maladie.

NE: Plusieurs petites unités médicales marocaines ont été précédemment déployées dans la région pour aider à soigner une variété de maladies. Comment leur expérience en tant que fournisseurs d'aide peut-elle contribuer à éclairer les programmes actuels et futurs?

AR: Le Maroc a une longue tradition humanitaire d'intervenir dans des cas spécifiques de catastrophes naturelles, d'épidémies, de déplacements de population et d'arrivées massives de réfugiés pour apporter une aide et un soutien humanitaire et sanitaire aux populations concernées.

C’est dans cet esprit que, chaque fois que cela est nécessaire, les ressources et l’expertise de notre pays peuvent être mises à disposition. En ce qui concerne la pandémie actuelle, il est évident que le nombre de lits disponibles, les lits équipés d'appareils respiratoires et les moyens de traiter les cas les plus graves ont été sollicités. Par conséquent, même à l'intérieur des frontières du Maroc, un haut niveau d'expertise a été appelé à renforcer les installations médicales et les lits d'urgence qui étaient déjà disponibles dans les hôpitaux publics ou les cliniques privées pour fournir ce qui était nécessaire et aussi pour rassurer les gens sur la capacité suffisante pour recevoir les malades.

L'effort déployé par le Maroc a été significatif car le nombre de lits de soins intensifs a été fortement augmenté, même si, Dieu merci, la gestion de la crise n'a pas concerné tous les lits mobilisés. Aujourd'hui, tous les patients sont regroupés dans certaines unités et les structures mises en place pour fournir les compléments nécessaires ont été démantelées. Cette expertise permet cependant de réagir très rapidement et, le cas échéant, peut être déployée si la décision est prise d'apporter le soutien nécessaire à l'intérieur ou à l'extérieur du pays.

NE: Quelle a été la réaction des partenaires du Maroc en Europe, aux États-Unis et dans d’autres parties du monde islamique? Le gouvernement marocain prévoit-il que la coopération future, encore plus étroite, avec certains des alliés proches du pays est possible après le succès de ce projet particulier?

AR: La pandémie, telle que nous l'avons vécue, nous interpelle tous ainsi que la capacité de réaction des pays, individuellement et collectivement. Il est probablement nécessaire qu'une fois cette crise passée, nous traitions de ce qui est très important, l'aspect économique. C’est parce que nous avons une situation économique assez difficile et aucun pays ne pourra faire face à lui-même. Tout le monde va souffrir d'une récession cette année. La reprise va être un peu lente. L'utilisation d'instruments financiers va nécessiter une coopération internationale. Le Maroc est prêt, bien sûr, à travailler ensemble sur cette question. Chacun fera l'effort qu'il juge nécessaire, mais cela soulève également des questions sur l'aspect santé, sur la manière de réagir à l'avenir.

En prévision de tout cela, même si la situation au Maroc reste sous contrôle, le nombre de patients est très faible. En tout état de cause, les porteurs du virus sont environ 2 000 à ce jour, et ceux qui se trouvent dans une situation difficile, en termes de maladie, en ont moins de 20.

Le pic de la crise est peut-être derrière nous et la situation est complètement sous contrôle, mais cela dit, nous devons nous préparer, si nécessaire, pour un retour du virus et faire face à la situation comme nous l'avons vu dans le passé et nous préparer à tout est nécessaire en termes de tests, de vaccins et de protection. C'est sur cette base que le Maroc, en collaboration avec d'autres ainsi qu'indépendamment, travaille à la réalisation d'un test national et à la fabrication d'un respirateur. Le Maroc produit déjà des masques et de nombreux produits de protection, mais aussi des médicaments.

Le Maroc sera également prêt à être une plate-forme en cas de découverte d'un vaccin ou de nouveaux traitements, en dehors de celui qui vient d'être mentionné, afin de pouvoir les produire à travers sa propre industrie pharmaceutique et son expertise industrielle. Ces articles pourraient être envoyés à d'autres pays grâce à l'expertise de production du Maroc. La coopération internationale nous semble donc essentielle.

C'est d'ailleurs dans ce sens que le Maroc a rejoint l'UE dans l'appel aux fonds COVID, lancé par la Commission européenne pour participer à la recherche de nouveaux traitements et vaccins disponibles pour lui-même et pour d'autres pays.