La France appelle les chômeurs à travailler dans les champs alors que les frontières restent fermées – EURACTIV.fr

La France appelle les chômeurs à travailler dans les champs alors que les frontières restent fermées – EURACTIV.fr

25 mars 2020 0 Par Village FSE

Le gouvernement français a appelé les salariés en licenciement temporaire à se mettre à disposition pour aider les agriculteurs aux récoltes saisonnières. Mais un tel «patriotisme agricole» ne va pas bien avec le durcissement des mesures de confinement. Reportage d'EURACTIV France.

«Nos agriculteurs sont à court de« mains secourables », aidez-les». C'est l'appel lancé par le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume aux chaînes d'information BFM et RMC. Cela a pris de nombreux Français par surprise car les mesures de confinement qui étaient en place depuis plus d'une semaine en France ont été durcies encore lundi 23 mars.

«Je veux lancer un grand appel (…) aux femmes et aux hommes qui ne travaillent pas aujourd'hui, un grand appel à ceux qui sont confinés (…) à ceux qui n'ont plus de travail, je leur dis de rejoindre la grande armée de l'agriculture française, rejoignez ceux qui nous permettront de nous nourrir de manière propre et saine », a déclaré Guillaume.

Son appel fait suite à une déclaration du chef de la FNSEA, principal syndicat agricole français, mettant en garde contre le manque de main-d’œuvre disponible dans le secteur agricole du pays pour assurer les récoltes saisonnières de fruits et légumes.

Cette pénurie – estimée à environ 200 000 personnes – est due en grande partie à la fermeture des frontières suite à l'épidémie de coronavirus. Par conséquent, les travailleurs saisonniers du Maroc, de Tunisie et d'Espagne ne peuvent pas se rendre en France.

Et les récoltes des prochains mois ne peuvent pas attendre. Les asperges, les fraises et les cerises devront être récoltées en grande quantité dans les prochaines semaines. «Pour tous ceux qui ont le temps, nous aurons besoin de 200 000 travailleurs saisonniers dans les trois mois. Nous vous accueillerons dans des conditions de sécurité parfaites »a annoncé la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert.

La France devrait prolonger la période de confinement initiale au-delà du 31 mars

** Cet article est constamment mis à jour avec les derniers développements.

Le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé lundi soir (23 mars) des règles de confinement plus strictes, y compris des sanctions pour ceux qui ne respectent pas ces mesures. La France a également pris la décision de fermer en plein air…

Pour rejoindre les rangs des ouvriers agricoles, la FNSEA a également mis en place le site Internet «Des bras pour ton assiette», où les Français peuvent s'inscrire pour se mettre à la disposition des agriculteurs en manque de travailleurs

Les seules exigences sont d'être en bonne santé, de ne pas faire partie d'un groupe à risque et de respecter les actions qui pourraient empêcher la propagation (éternuements au coude, lavage régulier des mains, etc.).

Pour encourager les candidatures, ceux qui se portent volontaires vont combiner leur chômage partiel avec la rémunération d'un travailleur saisonnier, qui équivaut à peu près au salaire minimum, en particulier dans les secteurs à l'arrêt, comme la restauration.

«Patriotisme agricole»

Cependant, les Français, qui vivent en détention depuis environ huit jours, sont ambivalents vis-à-vis de cet appel national en faveur du secteur agricole.

Alors que le gouvernement a « encore tourné la vis » sur l'internement lundi, en interdisant les marchés en plein air et en restreignant davantage les voyages non liés au travail, l'appel à venir travailler dans les champs semble donc assez surprenant.

Dans le même temps, l'ensemble du secteur alimentaire a souligné la fermeture des marchés extérieurs en France. C'est «un désastre économique pour tous les commerçants, artisans, producteurs et agriculteurs», a souligné le président de la Fédération nationale des marchés français sur France Inter.

Cependant, la mobilisation politique et citoyenne autour de l'agriculture a atteint un véritable pic depuis le début de la pandémie.

Avec l’appel au «patriotisme alimentaire» – privilégiant les produits français – et les responsables gouvernementaux remerciant les agriculteurs pour leur contribution à la lutte contre le COVID-19, la réconciliation des consommateurs avec les agriculteurs semble en marche.