Balkans européens | Nouvelle Europe

Balkans européens | Nouvelle Europe

23 octobre 2020 0 Par Village FSE

Trente ans se sont écoulés depuis la fin de la guerre froide, et pourtant le Vieux Continent n'est pas totalement uni. L’Europe n’est pas toute libre et démocratique. Certaines parties du continent sont sous occupation étrangère «de voisinage». Nous assistons à l'épreuve de force sur l'avenir démocratique du Bélarus. Plusieurs États européens tentent de se moderniser d'une manière qui supprimerait leur bagage historique lié à leurs systèmes politiques et économiques.

L'Europe doit maintenir des moyens réalistes d'unification. Les portes de l'Europe devraient être ouvertes à tous les pays européens qui partagent les idées d'intégration, qui ont jeté les bases de ce processus. Dans le même temps, les démocraties européennes ne devraient pas voir leurs modèles de développement et leurs décisions sur la manière de construire des alliances remis en question par quiconque en Europe. Telle est la position de la diplomatie polonaise depuis trois décennies.

Plusieurs pays occupant notre continent ont la possibilité de rejoindre l'Union européenne dans un avenir immédiat. Les États des Balkans occidentaux mènent clairement cette course. Parmi eux figurent les pays candidats – l'Albanie, le Monténégro, la Macédoine du Nord et la Serbie, ainsi que des candidats potentiels – la Bosnie-Herzégovine et le Kosovo. Ensemble, ils représentent tous un marché de consommation de 18 millions de personnes. 70% de leurs économies sont déjà liées à l'UE. L'Union européenne est également en tête de la liste des investissements étrangers, devant les États-Unis, la Chine et la Russie.

La Macédoine du Nord s'est enfin réglée avec la Grèce sur la question de son nom. L'Albanie est un membre stable de l'OTAN depuis plus d'une décennie. Malgré l’égoïsme du président Macron et ses réserves manifestées au début de cette année, l’UE a décidé de lancer des négociations d’adhésion avec la Macédoine du Nord et l’Albanie. Leur population s’élève à 5 millions de personnes, soit environ 1% du total de l’Union européenne. L’UE, compte tenu des ambitions et de la prospérité du bloc, devrait être facilement en mesure d’accueillir deux, voire six, nouveaux membres de cette taille, tant sur le plan économique que politique.

Il y a des décennies, la péninsule balkanique était une région infestée de conflits, d'où une guerre mondiale a pris naissance. La région a également été douloureusement éprouvée par la Seconde Guerre mondiale et les expériences sociales qui ont suivi après la fin du conflit. La désintégration violente de la Yougoslavie est la source la plus récente de traumatisme. Si l'on tient compte du siècle dernier, il n'est pas surprenant que les réformes et l'adoption de normes et de valeurs européennes aient été un parcours cahoteux pour les élites politiques des Balkans. Certains de ces pays sont de nouveaux venus dans l'idée de souveraineté. Ils ont été créés au lendemain de l'éclatement de la Yougoslavie. Leurs élites craignent de perdre leur souveraineté et leur pouvoir politique nouvellement acquis. L'Europe doit pouvoir apprécier les sensibilités liées à certains aspects de la sécurité nationale des pays des Balkans.

La proposition du président Macron d’interrompre les négociations d’adhésion au début de 2020 n’est pas une manière créative de faire face aux réformes en retard. La modification des critères d'adhésion est une autre mauvaise idée. Supprimer les critères de Copenhague et les remplacer par une conception vague, indéfinie et controversée de l’état de droit est une violation flagrante des traités. La méthodologie de conduite des négociations ne doit pas non plus être modifiée. Les pays candidats ne doivent pas être traités comme des rats de laboratoire pour des solutions que certains eurofédéralistes souhaiteraient mettre en œuvre acquis communataire. Cela vaut également pour les idées liées à la protection du climat, aux réformes sociales et à l'idéologie. On ne devrait pas attendre des pays candidats qu'ils remplissent le type de critères d'adhésion que même les membres actuels ne satisfont pas. Les négociations d'adhésion à l'UE devraient être fondées sur des critères et conditions définis par les traités européens actuels.

Un système crédible d'incitations et de récompenses tangibles pour des réformes réussies est la voie à suivre. Ceux-ci peuvent inclure la participation aux programmes de l'UE, l'accès aux politiques de l'UE et à certains secteurs du marché de l'UE, avec un traitement préférentiel. Les récompenses pourraient également entraîner l'admission dans des agences européennes. Ces solutions ont fait l’objet de nos discussions au sein de la commission des affaires étrangères du Parlement européen. Ce type d'idée d'élargissement bénéficie du soutien des conservateurs et réformistes européens, où se réunissent les députés du droit et de la justice.

Enfin, même la méthodologie de négociation la plus efficace et le meilleur programme d'incitation ne suffiront pas sans la volonté politique des deux côtés. Il en faut deux pour danser le tango. L'UE ne doit pas être moins disposée et déterminée à s'élargir que les pays candidats ne le sont à rejoindre ses rangs.

Malheureusement, les institutions européennes sont toujours aux prises avec une sorte de chaos conceptuel. Nous débattons encore entre nous pour savoir si nous devrions élargir ou approfondir notre intégration. Le veto du président Macron sur les négociations d’adhésion avec l’Albanie et la Macédoine du Nord résultait du dilemme actuel. Nous débattons toujours des aspects politiques de l'intégration européenne. Le Brexit a été le prix que nous avons payé pour les tendances fédéralistes et hégémoniques de certains membres de l'UE. En fin de compte, l'Union européenne a perdu une puissance nucléaire et un pays clé du G7.

Nous débattons toujours de la soi-disant politique étrangère, de sécurité et de défense de l'UE. En conséquence, les rêves d'autonomie stratégique sont écrasés par l'incapacité de créer une Commission européenne véritablement géopolitique. Cela conduit l’Europe à ne pas faire face aux crises qui entourent ses frontières et ses périphéries.

Enfin, nous sommes préoccupés par la manière dont les institutions européennes tentent d'élargir leurs compétences en contournant les traités européens. Tout cela a un impact négatif sur le processus d’élargissement de l’UE.

N'oublions pas que la nature a horreur du vide. Les problèmes que nous ne sommes pas en mesure de traiter en Europe et autour de nos périphéries peuvent créer une ouverture à la concurrence.